Carnet de voyage en Islande
Jour 6, de Blonduos à Grundarfjordur
par Laurent ~ 4 septembre 2008. Classé dans: Islande, Voyage.
Comme prévu, réveil au petit matin, je quitte avec un petit pincement le confort du camping de Blonduos pour reprendre la route. Aujourd’hui a priori, pas de site “extraordinaire” de prévu en chemin, pas de grandes cascades ni de glaciers ni même de grandes plaines volcaniques. Juste une petite péninsule qui ne paie pas de mine sur la carte, et qui pourtant va m’offrir une des plus belles journée du séjour. En Islande, la notion de “site extraordinaire” est bien un pléonasme.
Vatnsnes, une péninsule aussi belle que son nom est imprononçable, un retour à l’essentiel.
Je commencerai la boucle par Hvammstangi en remontant la côte Ouest. La lumière est magnifique, portée par une atmosphère purifiée par la nuit passée, sublimant la couleur de la mer.
De nombreux tableaux sont l’opportunité d’une petite halte. Quelques chevaux et moutons, un phare, une cabane de pêcheurs et son étendeur à poisson, un inattendu pic rocheux volcanique surgissant de la plage, un enclos à la géométrie circulaire bien étrange … mais ce qui m’intrigue le plus depuis un moment, c’est ce curieux rideau de brouillard au loin qui semble rejoindre la pointe de la péninsule.
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A mesure que je m’en approche, le phénomène me paraît de plus en plus insolite. Le ciel est bleu, vierge de tout nuage, seul ce ruban moutonneux joue les irréductibles. Lorsque enfin je le rejoins, le phénomène a quelque chose de féérique, ou plutôt d’elfique, qui est plus de circonstance avec les croyances locales dont la conviction prend tout à coup tout son sens. La lumière pure donnant directement sur ce rideau de nuage forme tantôt un arc en ciel saturé de blancheur, tantôt un étrange brouillard suspendu à quelques mètres du sol. C’est ainsi que se dévoilera la petite église de Tjön, entre rubans vert et blanc.
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Plus loin, Hindisvik. Une ferme abandonnée ouvre le sentier menant aux falaises et rochers de la côte, où de nombreux phoques goûtent paisiblement à une tranquillité qu’on leur a durement défendu. Notamment le révérend Sigurdur Norland qui a mené ce combat ici à Hindisvik il y a quelques dizaines d’années.
La rencontre avec cette sympatique colonie de phoques a été très agréable. Ces derniers se savent observer et gardent une certaine distance avec les rochers affleurants la côte. Parfois si l’on s’approche trop près, ils vous jettent un petit regard moqueur avant de s’engloutir sous l’eau et réapparaitre un peu plus loin, pour affronter l’escalade d’un nouveau récif glissant et battu par les eaux. L’épreuve peut sembler bien difficile pour ces animaux dont les attributs physiques leur permet de revendiquer une habileté comparable à celle d’un sac de patates, et on pourrait même les taxer un moment (moqueur à son tour) d’un petit excès d’ego. Mais c’est avec belle allure et fierté qu’il parviendra à monter sur son promontoire ! … pour y poursuivre la noble tâche qu’il s’est vu contraint d’abandonner pour cause d’intrusion malhonnête de notre part : le vautrage à long terme.
Son aisance à se déplacer dans son élément me rappelle celle des marmottes en montagne. A l’instar des phoques, celles-ci prouvent que les sac de patates peuvent faire preuve d’autant d’agilité au cœur de récifs marins, qu’au milieu d’un pierrier instable à 2500 mètres d’altitude.
J’avais déjà un coup de cœur pour la marmotte, le voici partagé avec son ami le phoque !
Plus de la moitié de la population mondiale de phoques vit en région islandaise (et je pense au moins autant d’otaries hyperactives se donnant un point d’honneur à ne pas laisser cette flotte de paresseux aquatiques profiter tranquillement de leur activité favorite), c’est dire l’importance de l’animal ici, et pourtant il n’y a pratiquement qu’à Hindisvik qu’on peut les observer. C’est donc, en plus d’un bon moment, un privilège d’y avoir été.
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La pointe de la péninsule passée, je redescends donc en longeant la côte Est, et en dépassant Hvitserkur, où “l’inlassable architecte nature” y a forgé une gigantesque porte de basalte au milieu de l’eau, perchoir privilégié pour les oiseaux de la région.
Plus au sud, dans les terres, je ferai un détour par une piste peu carrossable (du moins en Citroën C3), pour rejoindre le site de Borgarvirki. De prime abord, je ne cache pas avoir été un peu déçu par l’apparence toute relative de cet amas pierreux avec la forteresse annoncée. Mais en y pénétrant, l’énergie de ce château lugubre du Xe siècle se dévoile. Du haut de son promontoire, les murs noirs de pierres basaltiques forment un théatre à ciel ouvert. L’ambiance primitive et gothique est tout à fait propice à la mise en scène de messes noires, il y a d’ailleurs quelques traces de bougies posées à intervalle régulier. Le coin est reculé, je suis tout seul et je contiens avec difficulté quelques frissons. Cela ne m’empêchera pas de grimper au sommet de la forteresse pour y admirer le point de vue sur les lacs avoisinants.
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Je ne regretterai finalement pas ce détour à la rencontre de l’histoire islandaise. Je reprends la route vers la péninsule de Snaefellsness avec matière à imaginer les us et coutumes de la communeauté qui vivait à l’époque reculée de cette forteresse.
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Mon intention première était de dormir à Stykkisholmur, à l’embouchure de la péninsule de Snaefellsness. Mais voilà, nous sommes à la mi-aout, et le bourg accueille une gigantesque fête annuelle danoise. Je me demandais où étaient passés les islandais, ils sont tous à Stykkisholmur ! Avec des Novégiens, des Suédois et bien sûr des danois, bref un énorme melting pot de caravanes et camping-cars scandinaves ! Je ne trouve même pas un petit mètre carré pour y glisser ma tente ! Tous les espaces libres sont occupés par des barbecues, où des piles de cannettes de bières, boisson qui semble à l’honneur ce soir.
Je dois dire qu’en d’autres circonstances, j’aurais adoré rester faire la fête, mais je suis venu avant tout pour le côté sauvage du pays, et je ne me sens pas à ma place. Je reprends donc la route en laissant tout ce meli-melo derrière moi. Je m’arrêterai assez rapidement, au pied du mont Helgafell, couronné des ruines d’une église datant du début du XXé siècle. 800 ans auparavant, un monastère y trônait en lieu et place de cette église. Je grimperai rapidement au sommet, en compagnie d’une bande de motards danois en cuir noir qui ont bien raison de profiter un peu du grand air avant la fête. L’endroit est historiquement fort, au pied du mont, le jardin d’une petite église blanche héberge une pierre tombale datant de 1008 !
Je continue ensuite de longer la côte en quête d’un camping accueillant. C’est à Grundarfjordur que je me poserai enfin. Petit village au fond d’un joli fjord, dominé par une montagne à la forme reconnaissable, le mont Kirkjufell. Il tient son nom de sa ressemblance avec une église … (mon imagination n’ira pas jusque là !).
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Le village, bien qu’arborant des quartiers flambants neufs, semble totalement désert, ils doivent tous être à la fête danoise ! Le camping est gratuit ici, j’y serai plutôt confortablement installé. La lumière chaude de fin de journée éclairera ma traditionnelle balade digestive jusqu’au port où quelques bâteaux ont déjà commencé leur nuit. Ce port est un des plus importants du pays, voilà de quoi relativiser le terme “important” !
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Je m’endormirai au calme, après qu’un couple de retraités Islandais en arrivée tardive ait “amarré” leur camping-car à la borne d’alimentation du petit camping.





































