Le Mont Thabor depuis la vallée de la Clarée
par Laurent ~ 17 octobre 2011. Classé dans: > Derniers articles, > Tous les articles, Randonnée.Paysages fabuleux que propose cette randonnée. Ce fameux Thabor que je vois au loin depuis des années et qui ne cessait son appel à venir le rejoindre par une belle journée. Cette année sera la bonne, je l’aborderai par la vallée de la Clarée plutôt que la vallée Etroite car les passages par les crêtes me paraissent plus intéressants, et cela semble un poil moins long.
Voulant être au col des Muandes pour le lever de soleil, je pars milieu d’après-midi la veille depuis la Haute-Clarée en passant par les lacs long et rond. A 17h, sur ces sentiers, je ne croiserai que deux randonneurs itinérants qui me confirmeront qu’un bivouac au col se ferait sous le vent et dans la caillasse. Je m’arrêterai donc au lac des Muandes pour y poser la tente. Du lac jusqu’au col, un peu plus de 250m de dénivelé, en me levant tôt, à la frontale je peux y être avant le soleil.
Tout en montant, je profite de la douce lumière de fin de journée qui fait ressortir les couleurs des lacs et des linaigrettes. Arrivé au lac des Muandes, un emplacement idéal sous un gros rocher viendra rapidement accueillir ma tente, me laissant tout le loisir de faire un brin de toilette au bord du lac, et de profiter du coucher de soleil derrière les Cerces.
Comme d’habitude, les lumières opèrent leurs magies dont on ne se lasse pas.
La nuit arrivée, je prépare le repas, me repose ensuite un peu dans la tente, puis je ressors faire quelques images à l’occasion du lever de pleine lune vers 21h. Celle-ci illumine progressivement les vallées de sa lumière froide au fur et à mesure de sa montée dans le ciel. D’abord plein ouest, le massif des Cerces, puis c’est le versant du rocher de la grande tempête qui s’allume, jusqu’à ce que la combe toute entière plonge à son tour dans la lumière.
Soucieux d’économiser la batterie de l’appareil (je n’en ai qu’une), j’irai me coucher malgré moi, en réglant le réveil à 5h30. Le soleil se lève à 7h, cela laissera le temps de plier la tente et de monter au col.
Une nuit très calme, à l’abris du vent, je dormirai très bien, trop bien : 6h … J’entends seulement le son du réveil à moitié étouffé par le duvet. Sans perdre de temps, je replie tout le camp, et roule le tout entre quelques rochers, me permettant de partir léger pour le sommet. En guise de petit-déjeuner, je me jette dans la gorge deux poignées de muesli tout en marchant à grandes enjambées vers le col, lampe frontale autour du bonnet. Rapidement derrière moi, les Ecrins sortent, éclairés par la pleine lune et les prémisses de la lumière du levant. Je me hâte, et rejoins le col des Muandes en moins de 30 minutes, suffisamment en avance sur le soleil pour pouvoir chauffer une tasse de thé, et prendre un petit déjeuner de privilégié à 2830m.
Une heure durant je suivrai les variations de la lumière naissante basculant vers le jour, avant de m’élancer vers le sommet en traversant les jolies crêtes de la Roche Chardonnet surmonté d’un shorten népalais à 2950m, jusqu’au col de Valmeinier. Vient alors la traversée d’un grand pierrier d’où l’on n’entend que la lente agonie du dernier glacier du massif du Thabor. Les anciens craquement sourds de sa jeunesse sont loin, il ne reste que le bruit de l’eau ruisselante et des chutes des roches soudainement délivrées de leur emprise glacée, le tout résonnant dans ce cirque minéral où le vent ne souffle pas. Une petite tragédie cette traversée. Mais après tout, les choses immuables n’existent pas, sauf peut-être la beauté de la montagne. Avec ou sans glacier.
Passé ce sombre interlude, j’atteints le versant terreux et ocre du Thabor. Insolite cette nature de sol à 3000m d’altitude. Au loin le paysage s’est très clairement élargis, l’éventail des vallées s’est ouvert. Au virage du sentier, la vallée Etroite se découvre, avec l’Italie. Je domine déjà le grand Séru. Il ne reste plus qu’à marcher tout droit dans la pente bien raide, et c’est l’arrivée à la chapelle, puis au sommet à 3178m. Il est 9h, je suis seul, avec un ciel bleu qu’aucun nuage ne vient balancer, il n’y a pas un souffle de vent, le silence est magistral, j’ai un petit sachet d’amandes et de fruits secs dans la poche, un des plus beau paysages de la région sous les yeux … et la journée ne fait que commencer !
Au moment de redescendre, car il le faut bien, il est déjà 11h, je croiserai les premiers randonneurs surpris de voir qu’ils ne sont pas les premiers au sommet. J’ai triché, leur dis-je, j’ai bivouaqué un peu plus bas ! Je croiserai ensuite un bataillon d’une cinquantaine de militaires très lourdement chargés, Famas à la main, effectuant une longue marche de 3 jours. L’un deux me dira, plus que deux heures après le sommet et ensuite on va tous se coucher !
Je poursuis la descente tranquillement, genouillère en place car elle est assez cassante, avant de rejoindre le col des Muandes. De là, la descente se fait rapidement sur un bon sentier jusqu’au lac des Muandes où je récupère la tente et autres matériels laissés sur place. Un petit coucou à la marmotte à qui j’ai volé le spectacle du coucher de soleil, assis sur son rocher, qu’elle a rapidement reconquis depuis. Ensuite le sentier continue, surplombant d’abord le lac rond, puis traversant le grand chaos de gros blocs qui le sépare du lac long au bord duquel je m’installerai pour le repas. Il est 13h.
A 13h30, arrive mon oncle, suivi de ma cousine. Sachant que je redescendrais par cet itinéraire, on s’était donné rendez-vous à l’un des trois lacs afin de terminer la journée ensemble. On se trempe alors les pieds dans le lac en attendant que le reste de la famille arrive quelques minutes plus tard. Cette petite pause et fraîche baignade m’a regonflé ! Nous poursuivons alors tous ensemble jusqu’au lac rond. Puis de là, mon oncle ayant envie de voir plus loin, je lui propose de monter ensemble jusqu’au lac des Muandes. Arrivé au lac, si l’on pousse un peu on devrait voir la barre des Ecrins. Nous reprenons alors la marche jusqu’à ce que la belle se dévoile. Petit regard sur la montre, il n’est pas si tard … on a le temps de monter au col. Et c’est reparti jusqu’au col des Muandes ! Nous l’atteignons vers 17h, c’est mon troisième passage aujourd’hui. J’y ai pris le petit déjeuner ce matin à 7h, puis en redescendant vers 12h, et de nouveaux ce soir à 17h. La lumière sur le Mont Thabor y est plus belle que le matin en contre-jour. Je pourrai prendre une seule photo avant que ma batterie ne s’endorme totalement. Les Ecrins sont toujours là, on profite un moment de la vue, puis nous redescendons en passant de nouveau par les trois lacs pour atteindre le parking au moment du soleil couchant.
Je suis fatigué, mais des images pleins les yeux ! La douche puis l’apéro du soir viendront mettre un point final à une magnifique journée en montagne.
Musique : God is an astronaut – Forever lost
19 octobre 2011 à 13:51
Je n’ ai qu ‘un mot à dire, c’ est tout simplement Fabuleux !
19 octobre 2011 à 23:26
Merci pop !
Je sais pas si tu as reconnu, on distingue un bout du col du Chardonnet sur certaines photos
7 décembre 2011 à 23:30
Superbe bivouac, ça donne envie ! J’y suis montée l’été dernier mais en bivouaquant plus bas… Les photos du lever du soleil sur les sommets sont magiques. Bravo ! Bonne continuation.
(HS : très bon choix pour le design du blog^^)